Après la peine : la condamnation perpétuelle est-elle vraiment nécessaire ?

Après la peine : la condamnation sociale perpétuelle est-elle vraiment nécessaire?

 

On dit souvent qu’une société se juge à la manière dont elle traite ses plus vulnérables. On pourrait ajouter : elle se juge aussi à la manière dont elle traite celles et ceux qui ont commis une faute.

Une personne purge une peine. Elle en sort. Elle a, en théorie, payé sa dette. Pourtant, pour beaucoup, la punition ne s’arrête pas à la porte du pénitencier, du tribunal ou du centre de détention. Elle continue — dans les entretiens d’embauche, dans les demandes de logement, dans le regard des voisins, dans les silences des proches.

On a beau parler de « réinsertion sociale », la réalité est souvent autre. La société semble parfois fonctionner comme un créancier impitoyable : la dette est payée, mais les intérêts s’accumulent à vie.

Cette réalité pose une question simple, mais fondamentale : une personne doit-elle être définie uniquement par son passé ? Et la société cherche-t-elle réellement à réparer, ou seulement à sanctionner ?

 

 

Réinsertion, réhabilitation, réintégration : trois mots, trois réalités

 

Dans le langage public, ces termes s’entremêlent. Pourtant, ils ne décrivent pas du tout la même chose. Et confondre les trois, c’est risquer de croire qu’une mission est accomplie alors qu’elle n’a même pas commencé.

La réinsertion sociale désigne surtout le retour de la personne dans la communauté après l’exécution de sa peine. C’est une opération principalement technique et institutionnelle : libération, hébergement, accès minimal à des ressources. On lui donne les outils pour survivre dans la société. C’est nécessaire. Mais c’est insuffisant.

Car survivre dans la société n’est pas la même chose qu’y être accepté. Une personne peut avoir un toit, un emploi, un casier judiciaire « fermé » — et pourtant demeurer invisible, suspecte, indésirable. La réinsertion s’occupe des conditions matérielles. Elle ne s’occupe pas toujours de la relation.

La réhabilitation va plus loin. Elle suppose un travail de transformation personnelle — reconstruction de l’estime de soi, compréhension des conséquences de ses gestes, acquisition de nouvelles stratégies de vie. C’est un cheminement intérieur, parfois appuyé par des programmes, parfois reconnu légalement (pardon, suspension de casier). Mais elle reste centrée sur l’individu, indépendamment de la façon dont la communauté l’accueille en retour.

La réintégration sociocommunautaire, enfin, est le niveau le plus exigeant — et le plus rare. Elle ne se contente pas de tolérer la présence de la personne. Elle suppose qu’elle redevienne un membre à part entière de la communauté, avec des liens, des responsabilités, une voix. Pas un membre de seconde zone, pas un « ancien détenu » qu’on tolère à distance, mais un citoyen, un voisin, un collègue, un ami.

Une personne peut donc être réinsérée sans être réhabilitée. Elle peut être réhabilitée sans être réintégrée. Et c’est souvent à cette troisième étape, la plus humaine et la plus difficile à mesurer, que le système s’arrête.

 

Le prix qu’on continue de faire payer

 

 

Ce n’est généralement pas un acte unique d’exclusion qui maintient une personne en marge. C’est une accumulation de petits refus : l’offre d’emploi qui n’aboutit pas après une vérification d’antécédents, le logement refusé sans explication, le regard qui change quand le passé est connu.

Pris isolément, chacun de ces refus peut sembler justifiable. Additionnés, ils forment une peine parallèle, non prononcée par aucun juge, mais purgée indéfiniment.

Cette dynamique pose une question inconfortable : une société qui empêche structurellement les personnes judiciarisées de se reconstruire une vie stable ne crée‑t‑elle pas elle‑même les conditions du retour vers les difficultés qu’elle prétend vouloir prévenir ?

Une société qui ne croit pas à la possibilité du changement finit, logiquement, par le rendre plus difficile. Celui qu’on empêche de se reconstruire finit par se reconstruire en marge. Et la marge, parfois, redevient le lieu de la récidive — non par nature, mais par absence d’autre issue.

 

Justice réparatrice : au‑delà du châtiment

 

La justice réparatrice ne nie pas la faute. Elle ne minimise pas la souffrance des victimes. Elle pose une autre question : à quoi sert la justice ? À humilier ? À exclure ? Ou à réparer ce qui peut l’être ?

Dans une perspective réparatrice, la responsabilité n’est pas seulement celle de l’auteur de la faute. Elle est aussi celle de la communauté. Qu’avons‑nous fait pour que cette personne puisse réellement réintégrer ? Avons‑nous créé les conditions d’une seconde chance — ou seulement les conditions d’une exclusion déguisée ?

Ici, la question ne devient plus seulement « qu’a‑t‑elle fait ? », mais aussi « de quoi a‑t‑elle besoin, et que doit‑elle offrir pour que le lien soit restauré ? ». La responsabilité n’est pas effacée : elle est approfondie, car elle demande à la personne de regarder en face les conséquences de ses actes — et à la communauté d’accepter de participer à sa reconstruction.

Réintégrer quelqu’un n’est peut-être pas qu’une faveur qu’on accorde c’est aussi une condition dont dépend, en partie, une société plus juste pour tous. Une communauté qui sait accueillir celui qui a failli renforce potentiellement sa propre cohésion. À l’inverse, une communauté qui condamne à perpétuité risque de s’appauvrit elle-même : elle enseigne à ses membres que l’erreur est irréparable — un message qui, tôt ou tard, peut toucher n’importe qui.

 

Reconstruire la confiance, dans les deux sens

 

 

La méfiance envers une personne judiciarisée n’est pas irrationnelle : elle naît souvent d’une rupture réelle — un tort causé, une confiance brisée, parfois une victime toujours présente dans la communauté. Reconnaître cela fait partie d’une réflexion honnête sur la réintégration ; il ne s’agit pas d’effacer ce qui s’est passé, mais de se demander ce qui permet à une communauté de rouvrir la porte sans nier ce qu’elle a vécu.

La confiance ne se rétablit pas par une déclaration d’intention. Elle se reconstruit par des occasions répétées de côtoyer, de collaborer, de voir la personne autrement que par son dossier. Cela demande du temps, des espaces de rencontre, et souvent un accompagnement des deux côtés : la personne qui revient et la communauté qui doit réapprendre à faire confiance.

Cette reconstruction est parfois plus complexe encore lorsque la personne judiciarisée appartient à une communauté déjà marquée par une méfiance historique envers les institutions policières, judiciaires ou sociales. Le retour dans la communauté ne s’y joue pas seulement à l’échelle individuelle, mais aussi à travers ce rapport plus large, hérité, entre cette communauté et le système qui l’a jugée.

Deux questions s’imposent alors :

  • La réintégration est‑elle traitée comme une faveur qu’on accorde, ou comme une condition essentielle d’une société plus sécuritaire et plus juste pour tous ?
  • Et qui, dans nos institutions, porte réellement la responsabilité de cette troisième étape — au‑delà de la réinsertion administrative ?

 

Vous vivez cette réalité personnellement ?

 

JIRIS forme des organisations, des équipes et des intervenants — pas des individus isolés. Si vous êtes vous‑même en démarche de réinsertion ou de réintégration, ou si un proche l’est, un accompagnement direct existe :

  • ASRSQ (Association des services de réhabilitation sociale du Québec)https://asrsq.ca
    Regroupe plus de 70 organismes communautaires partout au Québec offrant hébergement, suivi, employabilité et accompagnement aux personnes judiciarisées.
  • Info‑Social — 811, option 2
    Soutien psychosocial confidentiel, 24 h/24, 7 jours sur 7, partout au Québec.
  • Hors Québec : renseignez‑vous auprès des services correctionnels, de santé ou des organismes communautaires de votre région — des réseaux équivalents existent dans la plupart des provinces.

 

JIRIS vous accompagne

 

Chez JIRIS, nous croyons que la sécurité collective ne se construit pas seulement par la surveillance, mais par la capacité des communautés et des institutions à accueillir un retour, pas seulement à le tolérer.

Nos formations s’adressent aux équipes, aux organisations et aux institutions qui travaillent aux différentes étapes du parcours judiciaire et post‑judiciaire, afin de mieux distinguer réinsertion, réhabilitation et réintégration, et d’outiller les milieux qui accueillent ce retour.

Chez JIRIS, nous croyons que les meilleures réponses naissent d’une réflexion partagée. C’est pourquoi nos formations ne cherchent pas seulement à transmettre des connaissances : elles créent un espace pour comprendre les enjeux, questionner les pratiques et construire des solutions adaptées à chaque réalité.

Parce qu’une société qui sait réintégrer est une société qui sait se renouveler.

Justice réparatrice

  1. Ministère de la Justice du Canada. La justice réparatrice. justice.gc.ca/fra/jp-cj/jr-rj/index.html
  2. Ministère de la Justice du Canada. Principes en matière de justice réparatrice. justice.gc.ca/fra/pr-rp/jp-cj/victim/rest.html
  3. Comité fédéral-provincial-territorial. Principes et lignes directrices relatifs à la pratique de la justice réparatrice en matière pénale. scics.ca
  4. Centre de justice réparatrice de Québec. justicereparatricedequebec.org

 

Réinsertion, réhabilitation, réintégration : distinctions et pratiques

  1. Association des services de réhabilitation sociale du Québec (ASRSQ). Foire aux questions — définitions et maisons de transition. asrsq.ca/foire-aux-questions
  2. Réhabex (Gatineau, Outaouais) — https://rehabex.ca
    Organisme spécialisé qui offre des services personnalisés aux personnes judiciarisées et marginalisées dans leurs démarches de réinsertion sociale : recherche d’emploi, retour aux études, suspension de casier judiciaire (pardon), accompagnement en réhabilitation sociale et, plus récemment, interventions de proximité avec le Réhabus pour rejoindre les personnes en situation de grande vulnérabilité.
  3. Ministère de la Sécurité publique du Québec. Accompagnement et réinsertion des personnes judiciarisées (rapport de recherche, 2025). PDF — cdn-contenu.quebec.ca
  4. Corpus UL (Université Laval). Analyse de l'emploi comme outil de réintégration sociocommunautaire des personnes judiciarisées (mémoire). corpus.ulaval.ca

 

Stigmatisation, casier judiciaire et discrimination

  1. Shomba Lomami. Impacts du casier judiciaire chez l’immigrant et l’étranger. L’Harmattan. Voir la fiche du livre
  2. Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS). Le profil des personnes judiciarisées au Québec. iris-recherche.qc.caRevue Gestion, HEC Montréal. Et si vous embauchiez des personnes judiciarisées? revuegestion.ca
  3. Alter Justice. Casier judiciaire : un fardeau à supporter collectivement. alterjustice.org
  4. Sécurité publique Canada. Le gouvernement du Canada aide plus de Canadiens à obtenir une suspension de casier judiciaire en soutenant des groupes communautaires (communiqué, février 2022).                                     https://www.canada.ca/fr/securite-publique-canada/nouvelles/2022/02/le-gouvernement-du-canada-aide-plus-de-canadiens-a-obtenir-une-suspension-de-casier-judiciaire-en-soutenant-des-groupes-communautaires.html
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Justice réparatrice

  1. Ministère de la Justice du Canada. La justice réparatrice. justice.gc.ca/fra/jp-cj/jr-rj/index.html
  2. Ministère de la Justice du Canada. Principes en matière de justice réparatrice. justice.gc.ca/fra/pr-rp/jp-cj/victim/rest.html
  3. Comité fédéral-provincial-territorial. Principes et lignes directrices relatifs à la pratique de la justice réparatrice en matière pénale. scics.ca
  4. Centre de justice réparatrice de Québec. justicereparatricedequebec.org

 

Réinsertion, réhabilitation, réintégration : distinctions et pratiques

  1. Association des services de réhabilitation sociale du Québec (ASRSQ). Foire aux questions — définitions et maisons de transition. asrsq.ca/foire-aux-questions
  2. Réhabex (Gatineau, Outaouais) — https://rehabex.ca
    Organisme spécialisé qui offre des services personnalisés aux personnes judiciarisées et marginalisées dans leurs démarches de réinsertion sociale : recherche d’emploi, retour aux études, suspension de casier judiciaire (pardon), accompagnement en réhabilitation sociale et, plus récemment, interventions de proximité avec le Réhabus pour rejoindre les personnes en situation de grande vulnérabilité.
  3. Ministère de la Sécurité publique du Québec. Accompagnement et réinsertion des personnes judiciarisées (rapport de recherche, 2025). PDF — cdn-contenu.quebec.ca
  4. Corpus UL (Université Laval). Analyse de l'emploi comme outil de réintégration sociocommunautaire des personnes judiciarisées (mémoire). corpus.ulaval.ca

 

Stigmatisation, casier judiciaire et discrimination

  1. Shomba Lomami. Impacts du casier judiciaire chez l’immigrant et l’étranger. L’Harmattan. Voir la fiche du livre
  2. Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS). Le profil des personnes judiciarisées au Québec. iris-recherche.qc.caRevue Gestion, HEC Montréal. Et si vous embauchiez des personnes judiciarisées? revuegestion.ca
  3. Alter Justice. Casier judiciaire : un fardeau à supporter collectivement. alterjustice.org
  4. Sécurité publique Canada. Le gouvernement du Canada aide plus de Canadiens à obtenir une suspension de casier judiciaire en soutenant des groupes communautaires (communiqué, février 2022).                                     https://www.canada.ca/fr/securite-publique-canada/nouvelles/2022/02/le-gouvernement-du-canada-aide-plus-de-canadiens-a-obtenir-une-suspension-de-casier-judiciaire-en-soutenant-des-groupes-communautaires.html
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