Santé mentale, maladie mentale ou « folie » : comprendre les mots pour réduire les préjugés
Pour une compréhension juste, inclusive et fondée sur le respect
Les mots que nous utilisons pour parler de santé mentale peuvent influencer la manière dont nous percevons une personne. Ils peuvent aider à comprendre une expérience, ouvrir un dialogue et faciliter une demande de soutien. Ils peuvent aussi réduire une personne à une étiquette, renforcer une peur ou rendre l’aide plus difficile à demander.
Dans le langage courant, les expressions santé mentale, maladie mentale et folie sont parfois utilisées comme si elles désignaient la même réalité. Pourtant, elles ne signifient pas la même chose. Les distinguer permet de mieux comprendre les expériences vécues, d’éviter les généralisations et de parler des personnes avec davantage de justesse.
La santé mentale concerne tout le monde
La santé mentale ne concerne pas uniquement les personnes qui ont reçu un diagnostic. Elle fait partie de la santé globale et peut évoluer au cours de la vie, selon les expériences vécues, les relations, les conditions de vie et le soutien disponible.
L’Organisation mondiale de la Santé décrit la santé mentale comme un état de bien-être qui permet notamment de faire face aux difficultés de la vie, de développer ses capacités, d’apprendre, de travailler, de créer des relations et de contribuer à sa communauté. Cette définition ne signifie pas qu’il faut être heureux en permanence ou ne jamais éprouver de stress.
Tout le monde peut traverser des périodes de fatigue, d’inquiétude, de tristesse, de découragement ou éprouver davantage de difficultés à fonctionner au quotidien. Ces expériences ne constituent pas automatiquement un trouble mental. Elles peuvent cependant indiquer qu’un soutien serait utile, particulièrement lorsqu’elles durent, s’intensifient ou nuisent à la vie quotidienne.
La santé mentale peut être influencée par des facteurs personnels, mais aussi par les conditions sociales. Le logement, le revenu, l’emploi, l’isolement, la discrimination, les relations et l’accès aux services peuvent contribuer au bien-être ou, au contraire, rendre la vie plus difficile.

Un trouble mental ne définit pas une personne
L’expression maladie mentale est couramment utilisée, tandis que trouble mental est souvent privilégié dans les contextes cliniques, scientifiques et institutionnels. Le choix du terme dépend toutefois du contexte et de ce que l’on cherche à décrire.
Un trouble mental peut influencer les pensées, les émotions, les perceptions, les comportements ou le fonctionnement quotidien. Il peut être temporaire ou persistant, et ses manifestations peuvent être légères, importantes ou fluctuantes. Elles peuvent être visibles ou difficiles à reconnaître.
Un diagnostic peut aider à comprendre ce que l’on vit, à orienter un traitement ou à accéder à des services. Toutefois, il ne résume jamais une personne. Il ne dit pas tout de son histoire, de ses capacités, de ses relations, de ses valeurs ni de ses possibilités d’évolution.
Cette distinction est importante dans les milieux de soins, de travail, d’éducation et d’accompagnement. Un diagnostic devrait servir à mieux comprendre les besoins et à orienter le soutien, non à limiter les possibilités d’une personne.
Deux réalités qui peuvent coexister
La santé mentale et le trouble mental ne sont pas nécessairement les deux extrémités d’une même ligne. Le modèle des deux continuums les présente comme deux dimensions distinctes, mais liées : l’une concerne le bien-être mental et l’autre la présence ou l’intensité de symptômes ou de troubles mentaux.
Une personne peut vivre avec un trouble mental tout en ayant des relations satisfaisantes, des projets, des forces et un certain bien-être. À l’inverse, une personne qui n’a pas reçu de diagnostic peut traverser une période de grande détresse ou éprouver des difficultés importantes dans sa vie quotidienne.
L’absence de diagnostic ne signifie donc pas nécessairement l’absence de souffrance, pas plus que la présence d’un trouble mental ne signifie l’absence de bien-être.
Cette distinction permet de sortir d’une opposition trop simple entre les personnes qui seraient « en santé » et celles qui seraient « malades ». Elle rappelle aussi que le rétablissement ne consiste pas nécessairement à effacer toute difficulté. Il peut plutôt s’agir de retrouver du pouvoir d’agir, de développer des stratégies, de recevoir un soutien adapté et de participer à la vie selon ses propres capacités.
Le bien-être n’est pas identique pour tout le monde. Il peut prendre des formes différentes selon l’histoire, la culture, les valeurs et les conditions de vie de chaque personne.
Quand « fou » ou « folle » devient une étiquette
Le mot « folie » appartient au langage courant, mais il ne constitue pas une catégorie clinique précise. Il peut être utilisé pour parler, de manière générale, de comportements, d’expériences ou de situations perçus comme inhabituels ou difficiles à comprendre.
Le risque de stigmatisation apparaît surtout lorsqu’une personne est qualifiée de « folle » ou de « fou ». Dans ce contexte, le mot ne décrit plus seulement une situation ou un comportement : il devient une étiquette qui peut réduire la personne à une représentation négative.
Dans un contexte informel, les mots « fou » et « folle » peuvent aussi être employés de façon familière ou métaphorique, pour exprimer l’étonnement, l’intensité ou l’humour. Ce n’est donc pas leur simple présence qui pose problème, mais leur utilisation pour définir ou dévaloriser une personne.
Utiliser ces termes pour définir quelqu’un peut renforcer des représentations qui associent, à tort, les troubles mentaux à l’irrationalité, à la dangerosité ou à l’imprévisibilité. Ces associations ne rendent pas compte de la diversité des troubles mentaux ni de celle des personnes qui les vivent. Elles peuvent aussi avoir des conséquences concrètes sur la manière dont une personne est accueillie dans sa famille, son milieu de travail, son quartier ou les services de santé.
La stigmatisation ne reste pas toujours au niveau des mots ou des représentations. Une enquête menée au Canada à l’été 2022 et publiée en 2023 auprès de 4 029 personnes a montré que, parmi les répondants qui vivaient avec un trouble mental ou un trouble lié à l’usage de substances, 95 % avaient été touchés par la stigmatisation au cours des cinq années précédentes. Par ailleurs, 72 % rapportaient des expériences d’autostigmatisation : elles avaient souvent intériorisé des stéréotypes négatifs et développé une perception négative d’elles-mêmes. De plus, 40 % indiquaient avoir vécu de la stigmatisation dans un contexte de soins de santé.
Ces résultats rappellent que la manière dont une personne se perçoit ou est accueillie peut influencer sa confiance, son expérience des services et sa volonté de poursuivre une démarche.
Le problème n’est pas de condamner chaque personne qui utilise le mot « folie », « fou » ou « folle » dans une conversation. Il est plutôt de réfléchir à ce que ces mots produisent lorsqu’ils sont appliqués à quelqu’un. Aident-ils à comprendre la situation ? Permettent-ils d’écouter ? Facilitent-ils l’accès au soutien ? Ou contribuent-ils à éloigner, à ridiculiser ou à faire peur ?
Dans un contexte professionnel ou institutionnel, il est généralement préférable d’utiliser des termes plus précis, comme personne en détresse, personne vivant avec un trouble mental, personne ayant reçu un diagnostic ou personne qui traverse une crise psychologique. Ces formulations permettent de décrire une situation sans réduire la personne à une étiquette.

La peur vient souvent de ce qui est mal compris
La peur et le jugement ne naissent pas toujours d’une mauvaise intention. Ils peuvent aussi venir d’un manque d’information, d’une représentation répétée dans les médias ou d’une expérience que l’on ne sait pas comment interpréter.
Une personne qui vit un épisode de grande détresse peut se comporter d’une manière inhabituelle. Elle peut avoir de la difficulté à communiquer, sembler désorganisée, se retirer, exprimer une grande méfiance ou avoir besoin d’une intervention urgente. Ces manifestations peuvent être déstabilisantes pour l’entourage.
Comprendre ne signifie pas tout accepter sans limite ni ignorer les enjeux de sécurité. Cela signifie chercher à distinguer la personne de la situation qu’elle traverse, éviter les conclusions rapides et reconnaître que la réaction observée n’explique pas toute son histoire.
Il est possible de poser des limites tout en restant respectueux. Il est possible de demander de l’aide sans humilier. Il est possible de parler d’un risque sans réduire une personne à ce risque.
Une intervention respectueuse cherche à préserver la dignité, le pouvoir d’agir et la participation de la personne, autant que la situation le permet.
Choisir des mots qui n’enferment pas
Le langage ne transforme pas à lui seul les services ni les conditions de vie. Il peut toutefois influencer la manière dont une personne est perçue et accueillie.
Parler d’une personne qui vit avec un trouble mental plutôt que de la désigner par son trouble permet de reconnaître son expérience sans la confondre avec son identité. Dire qu’une personne traverse une période difficile ou vit une détresse peut être plus précis que d’utiliser une étiquette générale.
On peut ainsi dire :
- une personne vivant avec une dépression plutôt qu’une personne dépressive;
- une personne ayant reçu un diagnostic de schizophrénie plutôt qu’un schizophrène;
- une personne en détresse psychologique plutôt qu’une personne « folle » ou « fou ».
Ces choix ne sont pas une question de perfection linguistique. Ils permettent surtout de garder la personne au centre de la conversation.
Le Vocabulaire de la santé mentale de l’Office québécois de la langue française propose également des termes et des formulations précises pour parler de la santé mentale et des personnes concernées.

Comprendre pour mieux accompagner
Mieux distinguer la santé mentale, le trouble mental et la « folie » ne signifie pas qu’il faut connaître tous les diagnostics ou devenir spécialiste. Cela signifie surtout développer une compréhension plus nuancée.
Une personne peut avoir besoin d’aide sans avoir reçu de diagnostic ou sans souhaiter en recevoir un. Une autre peut vivre avec un trouble mental tout en poursuivant ses études, son travail, ses relations et ses projets. Une crise ne résume pas une personne, et une étiquette ne permet jamais de comprendre toute une vie.
La réduction des préjugés commence par des questions simples : qu’est-ce que je suppose ? Qu’est-ce que je ne comprends pas encore ? Est-ce que mes mots décrivent une personne ou la réduisent-ils à une difficulté ? Est-ce que ma manière d’intervenir favorise la confiance ou la distance ?
Parler de santé mentale avec respect ne consiste pas à nier les difficultés, les diagnostics ou les besoins de sécurité. Il s’agit de reconnaître la complexité des expériences humaines et de ne pas laisser une étiquette prendre toute la place.
Une société inclusive ne réduit pas les personnes à un diagnostic. Elle cherche à écouter, à comprendre et à agir avec respect.

JIRIS vous accompagne
Chez JIRIS, nous croyons que la compréhension est une condition importante de l’inclusion. Mieux connaître les concepts liés à la santé mentale permet de réduire les peurs, de questionner les préjugés et d’améliorer les pratiques d’accueil et d’accompagnement.
Nos formations accompagnent les organisations, les équipes et les communautés qui souhaitent développer un langage plus précis, reconnaître les effets de la stigmatisation et créer des environnements où les personnes peuvent parler de leur réalité avec dignité.
Une approche inclusive ne cherche pas à définir une personne à sa place. Elle lui permet d’être entendue dans toute sa complexité, avec ses difficultés, ses forces, son histoire et ses possibilités.
Parce que comprendre les mots ne suffit pas à réduire tous les préjugés. Mais c’est souvent un premier pas pour apprendre à regarder autrement, à écouter différemment et à mieux accompagner.
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